Agriculture en milieu aride des Zuñi

Collecte des crues d’orage et jardin en gaufres

Agriculture en milieu aride des Zuñi

Collecte des crues d’orage et jardin en gaufres

Les Zuñi sont implantés dans le sud-ouest des États-Unis. Ils occupaient traditionnellement la partie centrale et septentrionale de l’actuel Arizona et du Nouveau-Mexique. Actuellement ils vivent principalement sur le plateau du Colorado entre 1800 et 2 300 mètres d’altitude.

L’Arizona et le Colorado ont été peuplés il y a environ 11 000 ans. Mais les structures agricoles complexes destinées à recueillir les eaux de ruissellements et de crues datent de l’époque des Anasazi. Au XIIe siècle, la survenue de sécheresses successives et une détérioration des aménagements auraient entraînés des famines puis la disparition partielle de ces populations. Les Zuñi, de même que les Hopi, sont les descendants des populations Anasazi et de leurs voisins.

Dans cette région, la majorité des pluies survient entre juillet et septembre, sous forme d’orages violents et très érosifs, le reste durant l’hiver, sous forme de neige et de faibles pluies. La pluviométrie annuelle ne dépasse pas 300 à 400 mm

Avec les Hopi, les Tohono O’odham et les Navajos, les Zuñi sont les héritiers de techniques culturales qui ont permis de développer durant près de 2 000 ans une agriculture prospère dans un milieu aride de haute altitude.

Jardins en damiers

Les Zuñi ont également développé une technique maraîchère, qu’on retrouve dans d’autres régions arides. Il s’agit de jardins en damiers dans lequel chaque « case » cultivée est bordée de muret en adobe. La répétition de ce motif crée des sortes de gaufres cultivées, d’où leur surnom de « jardins en gaufres », « waffle gardens » en anglais.

Ces gaufres présentent l’avantage de retenir la couche arables des sols, d’éviter le ruissellement, de protéger des vents, de permettre un paillage localisé et optimisant la fertilisation et la rétention de l’humidité. Traditionnellement, les femmes géraient des jardins en gaufres situés près des villages. Les hommes géraient les champs agricoles, souvent situés loin du Pueblo, en utilisant une technologie agricole complexe reposant sur la collecte et la maîtrise des crues d’orage, l’épandage de ces précipitations et la dérivation de cours d’eau éphémères.

Les jardins en damier juxtaposent huit ou dix zones de plantation. Chaque carré individuel de 60 cm² est entouré d’un large rebord. Ces murets en adobe mesurent de 20 à 30 cm de haut. Ces structures en grille conservent l’eau de pluie, de ruissellement ou d’irrigation au pot, retiennent l’eau près des racines de la plante, retiennent le sol, protègent du vent et diminuent l’évaporation. En ralentissant l’évaporation et en les protégeant du vent, les murets d’adobe aident à protéger les semis.

Chaque carré accueille, une culture ou une combinaison de cultures.

Une zone de plantation peut accueillir « les trois sœurs » : maïs, haricot et courge qui s’entraideront le maïs fournissant un tuteur aux haricots volubiles, les haricots accumulant l’azote dans le sol, et les feuilles de courge fournissant l’ombre et agissant comme paillis vivant.

Exemple de combinaison des trois sœurs
M : Maïs. H : Haricot ou fève. C : Courge
Dessin : Mary Dodson

Tournesol et chénopode blanc ou Ansérine blanche (Chenopodium album) sont d’autres cultures Zuñi. On y cultive également piment, poivrons, tabac, salades, tomates, citrouille, melon, poivre.

Chénopode blanc ou Ansérine blanche

Les maïs est plantée densément. De cinq à huit graines de maïs sont semées dans chaque trou pour créer des bouquets de maïs similaires à ceux du jardin Hidatsa. La plantation de maïs en bouquet plutôt qu’en sillon réduit le stress du rayonnement du soleil.

Jardin Hidatsa

Les grains de maïs sont semés à une profondeur de 10 à 20 cm dans les sols légèrement sableux et à une profondeur de 10 cm dans les sols argileux plus lourds. (le maïs Hopi peut être planté à 40 cm de profondeur et émerger du sol). Les fèves et les courges sont semées aux mêmes profondeurs ; 4 à 8 graines de fèves autour de chaque bouquet de maïs, une graine par trou. Seulement une ou deux plantations de courges (4-8 graines par trou) sont ajoutées à chaque gaufre.

Paillage d’une gaufre

Variétés cultivées

Source : Roman R. Pawluk, 1995, « Indigenous knowledge of soil and agriculture at Zuñi Pueblo, New Mexico »

Les Zuñi, cultivent une variété des plantes mais le maïs est la culture principale au plan spirituel et nourricier.

Le succès ou l’échec de la culture du maïs à court terme dépend de la capacité des agriculteurs à répondre adéquatement aux besoins de la plante cultivée. Pour le maïs, qui peut être considéré comme une herbacée tropicale près de ses limites environnementales dans le sud-ouest des Etats-Unis, les facteurs critiques sont :

- l’apport d’eau au moment opportun ;

- la fertilité et la capacité du sol à capturer et retenir l’eau ;

- la résistance aux ravageurs, aux maladies et au vent fort.

- la capacité à supporter une intensité solaire élevée et un pouvoir de séchage.

En sélectionnant et préservant le stock de semences de maïs pendant des siècles, tant pour des raisons pratiques que pour des raisons culturelles et religieuses plus profondes, les Zuñi et d’autre peuples de la région ont beaucoup fait pour pallier les difficultés de la culture du maïs dans un environnement semi-aride.

Maïs pueblo

maïs pueblo

Parmi les caractéristiques agronomiques les plus importantes des variétés de maïs pueblo, on trouve des mésocotyles (bourgeon apical de la plantule) allongés qui ont une croissance de 25-30 centimètres voir plus. Cette longueur est plus de deux fois supérieurs à celle du maïs hybride "moderne".

Il y a deux avantages principaux du maïs à mésocotyle allongé.

- La graine de maïs peut être placée très profondément dans le sol où elle peut utiliser une humidité subsurface plus constante pour la germination et la croissance précoce. Le maïs Hopi peut être planté sur plus de 40 centimètres de profondeur et émerger du sol.

- La plantation peut avoir lieu plus longtemps avant les dernières qui ne sontt préjudiciables aux plantes cultivées que lorsque leur pointe de croissance sensible est au-dessus de la surface du sol.

Par conséquent, la sélection de variétés de maïs à mésocotyle allongé par les peuples du Sud-Ouest, a contribué à alléger deux des contraintes les plus difficiles de l’agriculture dans la région : pénurie d’eau et saison de croissance insuffisante.

Il existe d’autres caractéristiques de ces variétés qui reflètent leur adaptation à l’environnement et à l’écologie locale. Le maïs développe une racine pivot plutôt que des racines séminales pour profiter de l’humidité profonde. Le maïs et d’autres cultures traditionnelles cultivées dans la région depuis longtemps peuvent aussi mieux tolérer des périodes d’humidité faible ou nulle sans flétrissement permanent.

Les lames des feuilles de ces variétés ont la capacité à rouler en période de stress hydrique, et ainsi de réduire la surface exposée au soleil. La plantation de maïs en bouquet plutôt qu’en sillon réduit le stress du rayonnement du soleil. Cette pratique culturale se combine à la sélection des semences pour résoudre le même problème de stress.

La technologie Zuñi porte tout à à la fois sur le choix des variétés de plantes et sur le mode de culture et de soin aux plantes sélectionnée.

L’expertise agroécologique des populations est intimement liée à la connaissance « génétique » de leurs cultures, et à l’harmonisation des techniques de culture et de la sélection variétal avec l’environnement naturel.

Village zuni vers 1911
Paysage du Colorado - Red Cliffs of Entrada Sandstone

Archéologie aérienne des jardins Zuñi

Source : Tom Baker : Baker Aerial Archaeology

Le survol des régions agricoles zuñi dévoile de vestiges de jardins en « damier » ou en « gaufres » qui se côtoient sur des kilomètres dans toutes les directions.

Ces vestiges montrent l’extension important de ce mode d’« agriculture sèche », qui n’utilise pas l’irrigation de cours d’eau permanents rares dans les déserts du Sud-Ouest. Les cultivateurs dépendaient de l’eau de pluie pour leurs récoltes, qui dans ce pays aride aux précipitations irrégulières devait être recueillie et précieusement conservée.

Les nombreux kilomètres de canaux d’irrigation construits par le peuple Hohokam de -300 à 1400 dans certaines parties de l’Arizona montrent que les systèmes d’irrigation n’étaient toutefois pas inconnue avant l’arrivée des Européens.

Canal d’irrigation hohokam

Les relevés de l’archéologie aérienne suggèrent que les Anasazi du Nouveau-Mexique et du sud du Colorado et leur descendant (Zuñi, Hopi, Navajos...) préféraient l’agriculture sèche sur les collines et les mesas loin des quelques cours d’eau de la région. Il est possible qu’une certaine forme d’irrigation ait été pratiquée dans les fonds de vallée en même temps que l’agriculture sèche sur les collines environnantes. Mais si ce type d’agriculture irriguée à existé ses vestiges ont été arasés par des siècles d’inondations. Les données de l’archéologie aérienne montre qu’à la différence de la civilisation voisine et contemporaine Hohokam, la civilisation Anasazi n’a laissé aucune trace de réseaux étendu de canaux.

Les jardins occupent seulement les zones spécifiques reconnaissables à leur couleur plus claire. Les créateurs de jardins en damier préféraient placer leurs jardins sur des sols retenant mieux l’humidité.

Comme le montrent les photos aériennes, ces parcelles cultivées n’ont pas de taille standard, et ont des formes très variées. La fréquence des alignements droits montre que cette disposition était préférée, mais selon les configurations du terrain les jardins peuvent êtres en courbes, parfois presque en cercles.

Signalée dès l’expédition de Coronado en 1540, cette agriculture a connu son apogée de 1850 à 1870, lorsque des camps militaires américains se sont installées, ouvrant un marché rémunérateur pour le maïs. Les Zuñi ont alors intensifié leur agriculture pour répondre à cette nouvelle demande et ont mis en culture de vastes superficies (près de 4 000 ha), en suivant leurs méthodes traditionnelles.

L’accès à l’eau était contrôlé par les communautés et les conflits peu fréquents. Les Zuñi produisaient aussi du sel et pratiquaient l’élevage. Lorsque le débouché commercial s’est écroulé brutalement, les Zuñi ont dû se reconvertir dans d’autres activités dont la joaillerie où ils ont excellé, mais au détriment de l’agriculture qu’ils ont progressivement délaissée. À ce moment, les États-Unis avaient réduit leur territoire à moins de 10 % de sa superficie initiale.

Après une longue période de stabilité, durant laquelle la terre a été cultivée avec soin, une période de déclin donc est apparue. Le sol a subi alors une érosion accrue et la région une désertification progressive. C’est alors l’abandon de l’agriculture qui a été responsable de la désertification et non l’inverse, comme cela s’était sans doute produit au XIIe siècle.

Le développement agricole engagé ultérieurement a entraîné une dissociation des terres en zones irriguées et en pâtures, bouleversant l’ancienne système foncier communautaire et faisant inévitablement éclater des conflits.

La dégradation des aménagements anciens a été progressive, marquée par la destruction graduelle des canaux par les crues, tandis que la forte érosion sévissant dans la région a entraîné l’engorgement rapide des grands barrages et des réservoirs, nouvellement construits par les ingénieurs.

La réserve des Indiens zuñi a été créée en 1877. L’ensemble des petites fermes dispersées a été très vite délaissé au profit d’un habitat plus urbain. Les activités agricoles sont toujours pratiquées autour des anciennes fermes mais celles-ci sont peu occupées et la majorité des exploitants préfère revenir chaque soir en ville.

Depuis quelques décennies, un renouveau d’intérêt pour les savoirs traditionnels conduit à la réhabilitation des anciennes structures, au prix de plusieurs améliorations. Le savoir ancien attaché à ces systèmes de culture a néanmoins presque disparu.

A la recherche d’un savoir disparu

Recueil d’expérience

Dan le cadre d’un projet de recherche (« School Yard Science ») sur l’horticulture en zone arides, un professeur à l’Université de Redlands a interviewé Lorrain Loncasion, une femme zuñi sur la technique des jardins en gaufre.

Lorrain Loncasion et ses jardins en gaufres

Source : « Waffle Garden Project »

« Lorrain est une petite femme mince. Elle a l’air d’avoir quatre-vingts ans. Elle parle d’une voix mince et douce.

Elle parle avec intérêt de son au jardin en disant « c’est peut-être la dernière année que je m’en occupe, parce que je vieillis ». La famille de sa mère vit là depuis plusieurs générations. Elle vit dans une grande maison en pierre située à une centaine de mètres de la rivière Zuñi. Sa mère et sa grand-mère entretenaient des jardins dans cette zone où on peut voir les vestige de plus d’une cinquantaine de « jardins en gaufres ».

« Autrefois, l’eau était abondante », raconte-t-elle en désignant un vieux fossé très érodé qui apportait de l’eau près de sa maison. Le fossé n’a apparemment pas acheminé d’eau depuis de nombreuses années et Lorrain a l’habitude de transporter l’eau de la rivière dans des seaux. Quelqu’un lui a donné de grands conteneurs de plastique qui se trouvent près du jardin. Elle les remplit avec un tuyau et peut ainsi arroser son jardin plus facilement.

Lorrain pourrait utiliser le tuyau pour arroser directement son jardin, mais elle préfère utiliser une méthode et des outils plus traditionnels un seau et une louche pour arroser. Elle aurait aussi pu utiliser l’eau de la rivière pour irriguer, mais c’est une longue marche pour une femme de son âge qui monte et descend la berge abrupte avec des seaux d’eau. En outre, selon elle, "l’eau de la rivière n’est plus fraîche et claire".

Le jardin de gaufres de Lorrain

Lorrain m’a dit qu’elle avait planté du piment, des tomates, des tomatilles, des oignons, du maïs et des radis.

On remarque deux types de « jardin à gaufres » dans sa parcelle.

Le premier type de forme grossière présente des parois irrégulières ou les cases sont mises en forme avec un outil. Le second a des parois uniformément incurvées à la main.

La parcelle raclée a l’air d’avoir été façonnée à la houe en raclant la terre du centre pour former des parcelles d’environ 40 cm sur 50 cm et sont généralement de forme rectangulaire. Les muret de ces parcelles sont constitués de morceaux de terre qui ne semblent pas avoir été mélangées à de l’eau. Ils mesurent environ 10 cm de hauteur. La surface de la parcelle a été nivelée en raclant le sol. Les murs d’une parcelle raclée ne sont pas de hauteur uniforme.

Le second type a manifestement été façonné à la main. Ces parcelles ont une forme carrée plus régulière d’environ 40 par 40 cm, mais peuvent aussi atteindre jusqu’à environ 50 par 50 cm. Les murets ont également environ 10 cm de de haut. Il n’y a aucune marque d’outil apparente dans le sol qui indiquerait un grattage. La consistance dure de l’adobe et la structure arrondie des murs des parcelles construites à la main semblent mieux résister à l’érosion et mieux retenir l’eau, et durer plusieurs saisons. La gaufres raclées semblent être moins résistantes et de nature plus temporaire.

Lorrain utilise une pierre plate pour façonner une gaufre, tout en précisant qu’elle pourrait tout aussi bien utiliser une houe. Elle ne fait aucune distinction entre les parcelles raclées et façonnée à la main, mais lorsqu’elle raconte comment elle procède sa description porte exclusivement sur la méthode manuelle. Elle explique qu’elle verse de l’eau sur l’emplacement où elle va faire la gaufre et la laisse s’infiltrer et humidifier le sol pendant la nuit. Le lendemain, elle utilise sa pierre plate et ses mains pour façonner une gaufre. Elle gratte le sol dans un carré, puis façonne les murets courbes à la mains. Elle fait deux gaufres contiguës en ménageant un espace pour marcher et travailler de chaque côté. Les gaufres qu’elle a faites de cette manière sont de taille et de hauteur de mur très uniformes.

Préparation du sol

Après avoir fait les murs, elle rapporte du sable fin, de la rivière. Elle presse le sable avec sa pierre plate sans trop tasser. Cette technique semble niveler le sol des gaufres. Lorraine montre une de ses parcelles complètement remplie de fumier de mouton lissé ensuite avec une pelle. Le lissage opérerait comme une forme de mulch en permettant de retenir l’humidité du sol sous le fumier et favoriserait apparemment la décomposition accélérée du fertilisant organique. Elle plante des graines avec un bâton pointu en perforant le sol et en plaçant des graines dans le trou, puis en les recouvrant de terre.

Conservation de l’eau

Les jardins à gaufres offrent théoriquement une protection contre le vent, contrôlent les températures extrêmes et servent à limiter l’utilisation de l’eau et l’évaporation. Lorrain raconte que les murs de ses gaufres protègent les plantes et retiennent l’eau qu’elle verse. Elle dit qu’il suffit d’arroser tous les 3 ou 4 jours lorsqu’on cultive avec des gaufres. Elle utilise de l’eau stockée dans de grands bidons en plastique. Sa mère utilisait des calebasses pour transférer l’eau des ollas à la gaufre. Comme sa mère, Lorrain utilise un godet et un seau, mais au lieu d’une calebasse et d’une olla en céramique, elle utilise maintenant une canette et un seau. Lorrain n’utilise aucune forme de paillis pendant la chaleur de l’été. La croissance des plantes dépend de l’arrosage et nécessite la surveillance quotidienne de ses plantes et de l’humidité du sol afin d’ajuster la fréquence de l’irrigation. »

Gestion des crues d’orage et des ruissellements

Source : « L’agriculture zuñi au Nouveau-Mexique », Éric Mollard, Annie Walter, in Agricultures singulières, IRD Éditions, Paris, 2008

Dans régions d’altitude accidentées ou vivent les Zuñi, les précipitations prennent souvent la forme d’orages violents. Les crues d’orage, érodent le terrain, charriant les sédiments vers les champs cultivés.

En dehors des jardins en gaufres attenant aux villages, les Zuñi pratiquent traditionnellement la culture du maïs en plein champs dans des sites appropriés à la captation des eaux de ruissellement.

Pour réduire l’érosion, stabiliser et d’enrichir les sols, les genévriers (Juniperus spp.) et les pins (Pinus edulis) qui couvrent les hauts de pentes sont intentionnellement préservés.

Plus bas, l’eau et les sédiments sont collectés, divisés, acheminés et répandus sur les cultures par des barrages de pierres, des diguettes et des fossés disposés en damiers.

Les fouilles archéologiques ont révélé la présence régulière de tels dispositifs de monticules et d’alignements de pierres disposées à intervalles réguliers, que certains archéologues américains appelent “gravel-mulch gardens” « jardins paillés de graviers ».

Dans le système zuñi de culture des terres arides l’emplacement des champs est déterminé en fonction de la nature des sol et des de la morphologie des bassins versants. Les emplacement favorables sont ceux qui permettent d’exploiter au mieux les processus hydrologiques et écosystémiques des bassins versants. Les champs sont aménagés pour capter et retenir l’eau et les sédiments.

L’étape préalable à toute culture est donc celle du choix des sites adaptés aux modes de culture Zuñi. Le site doit être situé là où la terre enrichie de limons est fertile et où les ruissellements des eaux pluviales pourront êtres être à la fois collectées et maîtrisées.

Trois types d’emplacements différents sont possibles. À chacun correspond un mode de culture.

Le premier est représenté par les petites parcelles en bas de pente, à proximité ou en dessous d’une zone rocheuse servant d’impluvium. Elles sont généralement terrassées avec une surface convexe pour se protéger d’un excédent hydrique, et elles sont soutenues par un muret de pierres. Les pluies, même faibles, provoquent un fort ruissellement, capté sur les champs cultivés. Il ne semble pas qu’elles aient été très fréquentes.

Le deuxième système de culture concerne les débouchés des petits torrents temporaires dans la plaine alluviale. C’est la parcelle akchin, fréquente en Arizona et au Nouveau-Mexique.

La parcelle akchin reçoit un aménagement très simple dans la mesure où elle se situe à un endroit naturellement propice à la culture. Une ravine étroite (arroyo) collecte les eaux de ruissellement des pentes, mêmes minimes, et concentre un flux hydrique qui dévale sur un lit sableux en charriant les sédiments, les graviers et les cailloux.

En bas de pente, ce type de torrent s’épand sur une pente plus faible et la crue ralentie déborde de ses rives tout en y déposant les matériaux lourds que le courant entraîne. Le lit se rétrécit donc progressivement et finit par disparaître, laissant la crue s’étendre doucement en nappe en abandonnant sur le sol ses riches sédiments. C’est là que se situe la parcelle akchin. Elle est parfois fermée à son niveau le plus bas par un mur de terre qui maintient la nappe d’eau. On y ajoute en amont de simples barrages pour ralentir une crue trop rapide.

La parcelle est elle-même divisée en portions de culture. Un réseau de barrages rudimentaires et de fossés dirige l’eau de crue limoneuse vers telle ou telle parcelle, à la demande. Tous ces aménagements sont éphémères et reconstruits chaque année. On cultive dans ces parcelles le maïs, le haricot et la courge en plantant profondément les graines de façon à favoriser le développement d’un bon système racinaire, capable de résister à un événement hydrique violent ou à une sécheresse prolongée.

Le troisième est situé en plaine en bordure des cours d’eau temporaires dont la crue peut être épandue ou dérivée au moyen d’un canal puis de digues, de barrages et de rigoles. Le système rappelle celui qui a été pratiqué dans le Néguev (Système nabatéen). Il peut être aussi mis en œuvre sur la partie inférieure d’un versant.

L’imprévisibilité des pluies, en fréquence et en amplitude, ainsi que la forte érosion sévissant dans la région entraînent un remaniement constant de la topographie à un creusement le lit des torrents, qui modifie les zone d’épandage naturel de la crue. L’emplacement des plots favorables à la culture, c’est-à-dire humides et chargés de sédiments fertiles, peut ainsi changer d’une saison à l’autre, si bien que les cultivateurs doivent choisir chaque année leurs lieux de culture, ce qui les oblige parfois à cultiver assez loin de leur lieu de résidence.

Les Zuñi ont donc été des observateurs attentifs de l’environnement, sachant aussi bien s’adapter à ses fluctuations que prévoir les risques encourus. Une forte religiosité et une structure sociale particulière, valorisant et protégeant l’agriculture, leur ont permis de mener une agriculture souple et adaptative fondée sur la mobilité des parcelles, leur diversité et surtout leur surveillance et leur maintenance continuelles.

Grâce à leur connaissance du milieu et de ces possibilité, et à une gestion communautaire de l’espace, le désert a pu être cultivé. Les Zuñi ont ainsi développé une agriculture pérenne suffisamment productive pour récolter chaque année de quoi satisfaire leurs besoins de subsistance et un surplus substantiel destiné aux échanges et au stockage, ou utilisé durant les mauvaises années.

Mis en ligne par La vie re-belle
 15/08/2019
 https://www.lavierebelle.org/agriculture-en-milieu-aride-des-zuni

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